8 mars 2026 : coup de projecteur sur le monde du travail

Chaque année, le 8 mars revient avec son lot de campagnes marketing rose poudré et de slogans approximatifs sur « la journée de la femme ».

Petit rappel utile : le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes (et ça change tout le sens). On parle donc de droits humains. De violences. De féminicide. D’inégalités. De discriminations.

Un peu de décence, s'il vous plaît. On arrête les paillettes.

Ici, on regarde ce qu’il se passe dans les structures professionnelles et cultures de travail pour célébrer les avancées, souligner les reculs ou les stagnations.

Pendant que certaines grandes entreprises régressent ou stagnent sur la thématique, les chiffres parlent de performance de la mixité :-)

L'Observatoire SKEMA 2026 de la féminisation des entreprises du CAC40 vient de sortir. Les données sont on ne peut plus claires.

En 2025 : 7,5% des postes de PDG, Président ou DG sont occupés par des femmes. Zéro femme PDG dans le CAC40. Zéro. 4 femmes directrices générales. Les femmes représentent 28,81% des membres des Comex, moins d'un siège sur trois. Et pourtant, la rentabilité opérationnelle des dix entreprises dont le Comex est le plus féminisé est deux fois supérieure à celle des dix moins féminisées : 19,65% contre 9,35%. Vertigineux ! La féminisation est corrélée à la performance boursière, à la Responsabilité sociétale et environnementale, à un risque financier plus faible.

Autrement dit : la mixité perçue comme gadget moral est un levier stratégique que beaucoup de dirigeants choisissent délibérément d'ignorer. Dommage…

Le cas EssilorLuxottica mérite qu'on s'y arrête. 50,47% de femmes ingénieures et cadres. 0% au Comex. Cela démontre que le vivier existe. Que l’écart persiste dans les sphères du pouvoir. C'est un choix. Ici comme dans d’autres organisations, il est assumé, répété, documenté. Dommage ….

À l’inverse, les entreprises, dirigeantes et dirigeants qui font de la mixité une vraie stratégie sont à célébrer ! Il y a des progrès, le plafond de verre était de 21,82 en 2008 et de 8,9 en 2025. Il a été divisé par 2,5 en 17 ans dans les entreprises du CAC40, le rapport SKEMA parle de l’indispensable ascenseur (les lois) qui a boosté ces progrès.

Et du côté des Helvètes ?

Depuis que la loi promeut un mécanisme “comply or explain”, la mixité progresse doucement dans les entreprises du SMI, 35% de femmes dans les Conseils d’Administration, 25% dans les comité exécutifs.

Et sinon, vous, dans vos entreprises ? On respire un air d’ouverture d’esprit, de diversité des expériences et des représentations qui enrichit les décisions et la créativité ? Ou on respire un air d’entre soi qui sent la poussière et le « on s’accroche même si ce n’est pas vertueux » ?

Pendant ce temps-là, dans d’autres contrées (suivez mon regard …vers l’Ouest)

Le vent tourne, et pas dans le bon sens. Et entraîne des élans nauséabonds de populisme sexiste jusque dans nos entreprises.

On entend à nouveau parler de « ramener de la testostérone dans l'entreprise ». Elon Musk a qualifié les politiques DEI de « discriminatoires ». Mark Zuckerberg a annoncé leur réduction chez Meta au nom d'un « recentrage stratégique ». Le narratif change. Et quand le narratif change pour nourrir la haine des femmes, le pouvoir suit toujours. Plus que dommage….

Quand un dirigeant affirme vouloir plus de virilité dans les organisations, il ne parle pas que de style de management. Il redéfinit ce qui compte, il redéfinit qui compte. Ce glissement-là, il faut le nommer pour ce qu'il est : un mécanisme de discours anti femmes, qui, dans un monde tellement incertain et polarisant, fonctionne très bien. Plus que dommage. Tragiquement triste et dangereux.

Le patriarcat n'est pas une opinion de femmes. C'est une structure, une culture, un système, une mécanique séculaire.

L'anthropologue Françoise Héritier parlait de la « valence différentielle des sexes » : dans de nombreuses sociétés, le masculin est symboliquement placé au-dessus du féminin. Dans le monde du travail, cette hiérarchie ne disparaît pas quand on entre dans un open space. Elle se traduit par des promotions différenciées, une tolérance asymétrique face aux erreurs, une lecture genrée des compétences et de l'ambition, une distribution inégale du pouvoir.

Le rapport SKEMA le montre aussi autrement : la polarisation sexuelle des grandes entreprises s'accentue. Des pink ghettos d'un côté, des blue ghettos de l'autre. On fragmente, on polarise, on limite la capacité collective à penser complexe.

Dans un monde instable, fragmenter l'intelligence collective est une faute stratégique quand on pense robustesse et impact positif d’une entreprise. Encore dommage…

Les vraies questions pour 2026

Des femmes, des hommes, des organisations font preuve de courage, d’audace et de capacités à rompre les mécaniques sexistes et a créer un cercle vertueux de la mixité.

Pour cela, l’aptitude à se regarder, à se questionner, à avoir conscience de ce qui se trame pour soi et pour les autres est essentielle.

Des questions simples pour quiconque prend des décisions stratégiques ou un un impact clé dans l’entreprise.

Quand je ne soutiens pas activement la mixité, qu'est-ce que ça dit de ma vision du monde ?

Quels privilèges m'ont permis d'arriver là où je suis ?

Quels sacrifices j’ai dû aussi réaliser pour y arriver, qu’est-ce qui m’empêche de faciliter le chemin pour les autres ?

Quel signal j'envoie à celles et ceux qui regardent qui a le droit d'être autour de la table ?

Et si cette curiosité sur mes propres angles morts était le premier pas vers une curiosité réelle pour l'autre ? Tout au fond de moi-même, je veux être quel type de personne qui a du pouvoir ?

Je nourris mon identité de manager ou leader avec quelles valeurs et quels biais ?

Ces questions axées sur le genre ici, peuvent être étendues à toutes les formes de discrimination. Chaque être humain possède des privilèges relatifs. Les reconnaître ne retire rien sur ce qui a été, ça donne une responsabilité supplémentaire sur aujourd’hui et demain. Pour cela, avoir envie d’un peu plus d’humanité et de partage est nécessaire.

Le courage des hommes a beaucoup d’impact, la sororité est un levier

Affirmer son féminisme dans certaines industries, milieux, ou cercles demande du courage. Soutenir une politique de mixité quand elle dérange en demande aussi. Nommer un biais ou relever une remarque sexiste en réunion, même ça, ça demande du courage.

De plus en plus de collaborateur·ices et dirigeant·es prennent conscience de leurs micros choix dans leurs responsabilités et de l’impact de leurs décisions sur la mixité au sein de leurs environnement professionnel.

Merci.

Le courage managérial de 2026, consiste à élargir la table. Et à accepter que ça change quelque chose pour soi aussi.

La sororité, elle, est une stratégie.

Quand des femmes cessent de se considérer comme des exceptions et commencent à se reconnaître comme des alliées, les lignes bougent plus vite que n’importe quelle politique RH.

La sororité, c’est refuser l’isolement organisé.

C’est partager l’information, recommander, sponsoriser, ouvrir des portes, rendre visible le travail des autres.

La sororité crée un effet d’écosystème. Une femme promue change une trajectoire et montre que c’est possible. Des femmes solidaires changent une culture.

Le printemps est là, régénérons le terreau de la mixité

Au printemps, on retourne la terre, on réveille l'équilibre existant pour laisser la biodiversité se réveiller (je ne suis pas une experte en permaculture, c’est une métaphore hein ?!). La mixité fonctionne pareil : il faut remuer le système, l’aérer, le nourrir, le réparer. La mixité crée des tensions, oblige à revoir les processus, bouscule des habitudes solidement installées, révèle des angles morts que personne ne voulait regarder. C’est très inconfortable au départ, un peu comme tout changement. Et ça fait grandir.

L’audace plutôt que la réaction

Nous avons le choix du narratif.

Celui de la peur : « On va trop loin, on exagère, on impose. » Ou celui de l'élan : on peut générer de la performance, de la croissance, de l'emploi, et rester profondément humanistes. Ces deux choses ne s'excluent pas, les chiffres le démontrent, année après année !

L'égalité femmes-hommes est une vision du monde. Elle suppose que la valeur humaine ne se hiérarchise pas selon le sexe ou le genre. Cette vision est compatible avec la rentabilié et la croissance durable et c'est précisément ce qui devrait clouer le bec à celles et ceux qui prétendent le contraire.

C'est un rappel que les droits humains progressent ou régressent, jamais ils ne restent en place. Les droits des femmes ne progressent jamais de manière linéaire.

Le 8 mars au travail doit célébrer les organisations et les personnes qui œuvrent et qui avancent pour la mixité !

Un rappel que les structures économiques façonnent la société bien au-delà des résultats trimestriels et des tableaux de board. Un rappel que chaque Comex, chaque promotion, chaque silence complice, choisit un monde désirable. Ou pas.

En 2026, l'audace consiste à choisir l'intelligence collective et la mixité.

Et à la défendre, même quand c'est inconfortable, cela fait partie du chemin.


Pour aller plus loin

Ferrary, Michel. Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises – Diversity & Inclusion within CAC40 companies: “The Virtuous, the Constrained, and the Diehards of Sexism”, Édition 2026. SKEMA Business School, 2026. https://www.skema.edu/fr/observatoire-de-la-feminisation

Artemia Executive Search : pour un recrutement aligné avec des objectifs de mixité en Suisse

remixt : pour des formations innovantes sur le sexisme

Marie Eloy : pour comprendre pourquoi les femmes peuvent changer le monde :-)



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